L'école numérique : pour quoi faire ?

Après une pause involontaire, suite de ma série un monde qui change. Attaquons maintenant la place du numérique dans le milieu scolaire.

Alors que les annonces se multiplient de la part du gouvernement et surtout du président redoré par sa gestion de crise, on est en droit de s’interroger sur ce qu’est l’école du futur qu’on est en train de nous vendre.

Un reportage sur le sujet est passé sur Canal+ il y a peu de temps.
L’idée est que les profs pourraient être remplacés par des interfaces numériques. Autrement dit, on remplace les compétences humaines par des machines qui seront beaucoup moins enclines à faire grève et râler pour des changement de programme. Les politiques étant tellement au fait de la révolution numérique (ils sont presque tous nés avant l’apparition des ordinateurs dans les foyers), ils savent probablement utiliser leur téléphone et leur tablette pour tweeter et regarder du contenu en ligne mais tout ce qui tourne derrière doit a peu près leur être aussi familier qu’un moteur de voiture pour nos mères. Sauf que confondant le tout, ils pensent faire apprendre le numérique aux enfants en leur donnant une tablette. C’est comme si on voulait former tout le monde à la mécanique en nous donnant une voiture ou un scooter pour les enfants. On sait à quoi cela abouti ; à part faire du wheeling à genou sur le siège, les gamins ne sont pas beaucoup plus fort en mécanique.

D’ailleurs, le gouvernement nous invite à répondre (en tant que famille, asso ou professionnel de l’éducation) a une grande enquête sur cet aspect du numérique. Si le sujet vous intéresse, je ne peux que vous inviter à y répondre. Le problème c’est que le numérique nous est présenté comme une recette miracle qui va résoudre tous les problèmes. Nos enfants vont apprendre en s’amusant et tout va se passer dans le meilleur des mondes possibles. Aucun lien n’est fait avec les moyens utilisés alors que l’on se doute bien que les entreprises propriétaires sont à l’affût pour bien formater leurs futurs consommateurs et utilisateurs professionnels (la théorie de la première dose offerte par le dealer). Sur cet aspect, le reportage sus-cité est très éloquent et Alexis Kaufman de Framasoft pose les bonnes questions.

Car la réelle question est : le numérique est-il mis au service de l’école ou l’école est-elle mise au service du numérique ?

Je n’ai personnellement aucun doute sur la réponse actuelle.
Les ordinateurs sont présents dans les écoles depuis près de 30 ans. Cela a-t-il amélioré les choses ? Les enseignants ont des moyens plus faciles de créer du contenu et d’en partager avec leurs collègues, les supports multimédia se sont généralisés (encore que j’avais un prof d’histoire qui nous montrait des tas de K7 vidéo de reportages). Mais les contenus et surtout les compétences à acquérir sont toujours plus ou moins les mêmes et les outils informatiques n’améliorent pas la compréhension.

D’ailleurs, que doit-on apprendre ?
Soyons clairs, en primaire, il faut apprendre à compter, parler, lire et écrire. Entre 8 et 11 ans, on ajoute quelques notions de science et d’histoire-géo et c’est à peu près tout. Tout cela peut (doit ?) se faire sans usage de l’informatique et les enseignants qui pensent qu’ils faut savoir tweeter ou taper sur un clavier avant de savoir écrire sont des crétins finis. Il y a peu de temps, une incompréhension culturelle a vu fleurir la rumeur qu’en Finlande, l’apprentissage de l’écriture ne serait plus obligatoire (il ne s’agissait en fait que l’écriture cursive, comme cela se fait dans plusieurs États d’Amérique, l’écriture scripte devenant la priorité). Cela n’a pas ému grand monde outre-mesure et même Cyrille (sur feu Blog-Libre) avait même considéré cela comme une évolution normale.
Pour ceux qui n’aurait lu aucune dystopie (commencez par 1984 de George Orwell), les gouvernements qui veulent empêcher leurs citoyens de penser par eux-mêmes, les privent de livres, de l’apprentissage de la lecture et de ce fait l’écriture devient inutile. Et on apprend à lire parce que l’on écrit en même temps. Certes nous n’écrivons plus beaucoup au quotidien et certains pourraient se vanter de ne se servir que des outils numériques pour la moindre liste mais cela reste un apprentissage fondamental.

Qu’est-ce qu’un véritable apprentissage du numérique ?
L’apprentissage du code qui a ses défenseurs et ses opposants fera l’objet d’un autre billet donc je ne l’aborderai pas ici mais le numérique au quotidien avec les élèves n’a comme je l’ai dit juste avant rien à faire avant le secondaire. Ensuite, en quoi doit-il consister ? Pas en une tablette totalement fermée qui ne donne accès qu’à du contenu dont on ne devient pas producteur de contenu. Les politiques semblent croire que parce qu’un objet a envahi notre quotidien, ne pas l’introduire à l’école serait une lacune. N’oublions pas que ce sont avant tout des objets de divertissement pour regarder des vidéos, jouer à des jeux (pas très intelligents) et suivre l’actualité de son petit monde (au pire ses "amis" sociaux, au mieux l’évolution de la société). On peut donc comparer cela à la télévision. Il n’a jamais été question que cette dernière envahisse les écoles ; elle a un simple rôle de support pédagogique. Les objets numériques à diffusion de contenu ne doivent pas dépasser cette même fonction.
Lorsque l’informatique devient un outil de production de contenus (textes, recherches, exposés, programmes, ...), sa présence devient effectivement indispensable et passe par un double apprentissage : celui de l’utilisation de l’outil (ce pour quoi les enseignants ne sont pas forcément à l’aise, puisque eux-mêmes ont souvent appris à le faire sur le tas) et celui de la façon de chercher et de trier les informations sur Internet. Et là on est plus dans l’esprit critique, rôle essentiel de l’apprentissage d’un être en devenir qui va devoir trouver sa place dans la société.

Avez-vous déjà entendu parler de ce genre de chose ? Moi, en ce moment, j’entends uniquement d’introduire le "codage"(sic), la morale, l’éducation à la laïcité et aux valeurs républicaines (que l’État n’incarne pas vraiment) et que les élèves ne posent pas trop de questions surtout quand ils n’ont pas les moyens de comprendre ce qui se passe.
Bref, de bons petits soldats, bons pour la consommation, pas pour la remise en question de la société et du pouvoir en place.

Haut de page