Comment apprend-on ?

Cyrille partageait dans ses derniers billets les difficultés d’apprentissage des jeunes générations et le défi que cela représente pour l’enseignant de s’adapter à leur mode de fonctionnement. Du coup, j’ai voulu pousser un peu la réflexion par le bout de ma lorgnette.

Mon plus grand garçon va avoir dix ans. Depuis qu’il est tout petit, il est entouré de bouquins, qu’il adore, on lui a raconté et fait écouter des centaines d’histoires qu’il adore. Pourtant, il déteste lire. Il ne fait que regarder les images des livres ou revues qu’il a, même sur des sujets qui le passionnent. Je n’arrive pas à comprendre. Par contre, comme tous les jeunes actuels, les vidéos YouTube, il n’y a pas de problème, il peut en regarder à la file sur tous ses sujets de prédilection.

Est-ce que c’est générationnel, est-ce que maintenant tout apprentissage doit passer par la vidéo ou n’a pas d’avenir ?
Je dois dire que je suis assez partagé.

On nous vend désormais de la formation en ligne avec des MOOC qui vont révolutionner notre apprentissage, personnellement je n’y crois pas trop. En tant que fervent adepte du podcast, je préfère écouter un cours magistral en faisant autre chose que de rester planter devant une vidéo apportant un concentré dopé au marketing.

Des vidéos justement que je regarde peu. Tous les Youtubeurs qui parlent comme des hystériques me sortent par les yeux, même les mieux intentionnés nous servent une bouillie prémâchée de ce qu’ils veulent nous faire penser sur un sujet. Ça ne remplace à mon avis pas une recherche personnelle sur un sujet à l’aide de documentation contradictoire et allant un peu plus dans les détails. Mais on me rétorquera que justement, on ne peut pas se documenter sur tous les sujets et ça nous donne un aperçu rapide sur des sujets que l’on ne connaît pas. Eh bien moi je préfère ne pas avoir de résumé prêt-à-penser et garder mon ignorance sur les sujets qui ne m’intéressent pas ou me faire ma propre idée lorsque cela m’intéresse.

Pourtant, il y a quand même certaines vidéos que je regarde dans un but bien précis : les tutoriels. Et c’est là où on en vient à l’intérêt de ce support et à une meilleure compréhension du comportement des enfants. Quelques exemples personnels qui me viennent à l’esprit : comment ouvrir un laptop clipsé de partout, comment avancer dans un jeu vidéo sur lequel on est coincé, comment jouer à un jeu de société dont la notice semble incompréhensible tellement il y a de sortes de cartes, comment faire telle activité manuelle, comment s’améliorer techniquement dans un sport, etc.

Dans tous ces cas, la vidéo est la meilleure façon d’arriver à comprendre comment il faut faire en quelques minutes alors que l’on pourrait encore échouer pendant des heures. Et cela me rappelle que ce que j’ai appris à faire, je l’ai vu. Mon père se plaignait que mon grand-père ne le laissait jamais faire et faisait toutes les activités manuelles à sa place sans lui faire confiance pourtant il sait faire un tas de chose (il sait quasiment monter une maison de A à Z) et je parie que c’est parce qu’il les a vu faire. Je sais réparer une chambre à air parce que j’ai vu mon grand-père faire. Lorsque j’ai acheté ma maison et qu’il a fallu faire des travaux ou entretenir le jardin, j’ai su m’y mettre faire parce que les souvenirs me sont revenus de la façon de s’y prendre. Non seulement, avoir vu faire nous fait prendre conscience que c’est possible et nous donne une idée de la façon de procéder.

Finalement, est-ce que cet apprentissage par la vidéo n’est pas du même ordre de ce que nos parents/maîtres/amis/profs nous ont appris en nous montrant ?
La seule différence, c’est que pour faire bien, il faut qu’il y ait quelqu’un qui nous montre nos erreurs et les façons de mieux faire. C’est sans doute là que se situe la place de l’enseignant et que n’apporteront jamais les vidéos.
Enfin, cela ne concerne que les apprentissages manuels ou démonstrations illustrées, les connaissances théoriques, l’histoire ou la littérature, n’ont pas grand-chose à gagner à être mis en images.

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